Le réveil m’est pénible ce matin.


Il n’est pas tôt, je ne vais pas travailler, la maison est calme, rien de pénible m’attend, j’ai du temps devant moi, et dehors, rayonne un joli soleil de début d’été. Il fera sans doute assez chaud pour aller se promener. Les couples et les familles profiteront de ce beau temps pour manger ensemble, pour se promener, « prendre l’air » parce que cela fait du bien. Je sens les relents du bonheur tout autour de moi. J’entends dans la rue des conversations ponctuées de rires. Mon chat s’étire sur le balcon, il profite.

Et je ne suis pas bien. Les larmes aux yeux, envie d’en découdre avec le monde entier. Je me dis que je n’ai pas fini les combats de la nuit pour être autant agressive.
Je tente la télévision, tout en sachant que c’est une erreur. Rien de positif ne ressort de cet écran. Je navigue, met un film, bien évidemment triste. Mon décodeur n’en peut plus et bloque la diffusion. J’éteins tout.
Je m’accroche à mes réseaux sociaux : Rien ! Des gens se plaignent mais n’agiront pas dans la vraie vie. Tient ? On dirait moi ?
Je tente un jeu, je perds. Je sens que je m’enfonce dans une mauvaise journée.
Est-ce tout le temps que j’ai devant moi qui me déprime ainsi ?
Non ! J’adore avoir du temps pour ne rien faire ou ne faire que des choses qui me plaisent.
Est-ce le temps ensoleillé qui me déprime ? Non ! Je suis comme beaucoup, j’adore les premiers beaux jours. Ces journées qui nous donnent l’impression d’un renouveau, qui nous font sentir plus fort.
Est-ce le temps pour moi de comprendre ce qui me chagrine ? Parce qu’il faut l’admettre, il y a du chagrin. Oui ! C’est le signal de mon corps à ma tête.
Le mot est posé : le chagrin. Je peux le décliner de différentes façons, mais cela n’a pas d’importance, il est présent.
OK ! Si on admet que je suis chagrin, peut-on en connaître la raison ?
Oui, parce qu’il est  très souvent associé à une raison.
Alors ? Qu’est-ce qui te chagrine ?
Au moment, où je me pose la question, une myriade de réponses arrivent en bloc. Une cacophonie d’explications toutes aussi biscornues les unes que les autres. Surtout, un tumulte insondable. Je n’arrive pas à me concentrer sur une seule. Elles sont là qui flottent, qui envahissent, heureuses que je leur donne une quelconque attention. Alors, je les laisse faire leur tour. Comme des commerçants, elles me présentent leur marchandise. Je n’ai plus qu’à faire mon marché. Je les accepte. Pour m’aider, je regarde des images émouvantes, des larmes coulent sur mon visage. Déjà, celles qui me proposaient l’isolement, l’abandon, l’absence d’amour me quittent. Elles n’ont plus rien en magasin. Puis, celles qui cherchaient les noises en me proposant des difficultés que je n’avais pas et que je n’avais pas envie de me créer, me quittent à leur tour. Petit à petit, les idées sans fondement me quittent. Et je peux vous dire que des idées sans fondement, elles sont nombreuses ! Non d’un chien ! Je ne l’aurais pas cru.
Ces idées de basse catégorie laissent derrière elles un terrain dégagé où ne subsistent que des idées ancrées, des paradigmes, et des programmées : les arrières-gardes ! Les autorités en la matière ! Elles sont capables de détruire des projets menés de main de maître; mais elles sont aussi capable de bonnes choses. Ces ancrages qui font que nous sommes nous ! La sommes de tout ce que nous avons appris et de tous ce que nos parents nous ont transmis. Elles sont là, calmes. Elles sont conscientes de l’importance qu’elles ont chez moi et, en aucun moment, ils leur semblent inconcevable que je puisse les remettre en question, depuis le temps que je les suis sans rien dire. Ces dirigeantes de ma vie me regardent d’un air dominateur, me faisant savoir ainsi que je ne pourrais rien contre elles. Je navigue entre-elles toutes, et il est vrai que ce matin, je ne pourrais rien.

D’un autre côté, je n’ai pas prévu de ménage de printemps tout de suite. Je cherche celle qui me mine ce matin, celle qui est au gouvernail de mes humeurs (merci Pixar et « Vice-Versa »). Puisque mes dominatrices me regardent toutes avec un sentiment de victoire, c’est qu’elles en me conduisent pas, donc qui est au volant de moi ?
Doucement, sans les effrayer, quoi que je ne sois pas sûr que quelque chose puisse les effrayer, je m’approche du cockpit afin de voir qui est aux commandes. Au début, je ne la reconnais pas, elle se cache à moitié. Alors je l’observe. Le regard défaitiste, la bouche pincée, les gestes lents, est-ce la déprime ? Non, je l’ai croisé en venant. La tristesse ? Non, elle ne fait pas partie des dominatrices. Qui peut-elle être ? J’avance un peu plus, colle mon nez à la vitre et je la reconnais : elle est l’échec ! Mais oui bien sur ! Celle qui prend les rênes dès que je suis heureuse de ma vie. J’aurai du m’en douter !
Trois générations de pratiquant de l’échec !
J’ai reçu en héritage la culture de l’échec. Cela se transmettre de génération en génération, mes parents la pratiquaient régulièrement, ils la tenaient de mes grands-parents, fervent pratiquant. Tous ont raté un mariage pourtant prometteur, fusillé leurs entreprises sur l’autel des stupidités, perdu leur patrimoine et surtout, le respects pour la réussite! Ils nous ont transmis cette culture et même fait plus : ils nous ont appris à cultiver l’échec pour en faire un art (ou presque parce qu’en ce qui me concerne, je ne pense pas avoir la main verte).  
Mais je me suis bien débrouillée quand même dans l’échec.
Je rencontrerais une personne comme moi, dans le cadre de mon travail, une personne qui a réussit à vaincre pas mal d’obstacles, tout de suite je lui dirais :
–  » Impressionnant ! Avec tout ce que vous avez fait, vous vous pensez encore ne pas être capable de faire des choses ? Et si vous vous laissiez le droit de réussir ? « 
Et la seule personne à qui je ne le dis pas, c’est à moi ! Depuis que les cordonniers ont pris le pouvoir … Qu’est-ce qu’on est mal chaussé. Bon, ce serait trop facile de les tenir responsables. Je suis ce que j’accepte d’être.
Et c’est « grâce » à cette culture de l’échec que je ne fais pas ce que je veux de ma vie. C’est pour elle que je me contente de petites victoires. Faut être honnête, je ne saurais pas comment réagir face à une grande victoire. Que je ma gargarise de mes ratés, c’est normal, c’était écrit ! Cela ne pouvait pas être autrement. Réussir m’obligerait renier ma famille et cela n’est tout bonnement pas possible.
Alors, j’arrête de faire ce que j’aime faire. Je n’écris plus, je ne bricole plus, je m’installe dans une vie sans saveur. Je ne rencontre plus les personnes qui me font avancer.
Idiot, me direz vous ? Certes ! Ce sont mes croyances intérieures, de celles que nous recevons en héritages, qui nous ont été programmées, et que nous ne voyons pas toujours. Elles sont là tapis dans l’ombre de notre personnalité, souvent invisibles et pernicieuses. Mais aussi utiles à condition de ne pas rester dans leur ombre.
Bref, en ce dimanche matin ensoleillé, tout tranquille, sans contingence, je me réveille en étant chagriné, et la seule façon que je connaisse pour lui  faire quitter le pilotage, c’est d’écrire ce que je ressens.
Bonne journée à tous ! Et n’oublions pas que :
“Une vie sans émotion est une vie perdue.” Roger FOURNIER



Image parDigital Photo and Design DigiPD.com de Pixabay

2 commentaires

  1. Chère Ekritel,
    Je n’écris pas souvent de commentaires, mais votre texte m’a émue. Il est une caresse, une tendresse pour vous-même et pour toutes ces choses qu’on porte en soi et qui sont si difficile à parcourir, surtout par mauvais temps.
    Je vous ai vue vous mouvoir entre vos émotions sans vous abandonner en route et sans aucune animosité, avec au contraire une telle douceur que j’espère que le simple fait de l’écrire vous a apporté un peu de la paix que sa lecture m’a apportée, à moi

    Aimé par 1 personne

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