Je suis Qui ?

Quand la première pensée au réveil est une question c’est moyen comme départ. Mais quand la première chose qui vienne à l’esprit est : « Je suis qui ? », ça présage d’un matin difficile et d’une soirée sans doute arrosée. Que Nenni,pour la soirée arrosée. Pas plus de substances illicites, juste une soirée à visionner la fin d’une série, « Zone Blanche » pour ceux que cela intéressent, endormissement vers 1 h 30 du matin, bref, un samedi soir sans éclat. Alors, c’est quoi cette amnésie matinale ? Suis-je devenue dans la nuit une philosophe en herbe ? Je ne le pense pas ! D’ailleurs, je ne pense pas à ce moment là, je tente de me réveiller. Je suis comme ces millions de personnes à travers les temps qui un jour se sont posées cette question, quelqu’un qui s’interroge. Oui, je sais, logique, tu poses une question donc tu t’interroges. Mais voilà, ce n’est pas une fois que cette interrogation s’est imposée à moi, elle tournait en boucle dans ma tête, encore et encore, sans ne plus vouloir s’arrêter. Et plus elle tournait dans ma tête, moins je savais qui j’étais. Au secours ! Pascal avec l’avantage, lui de penser pour savoir qui il était. Moi, je ne pense pas, ou pas souvent, ou pas à des choses importantes, pas du métaphysique surtout du quotidien. Rien qui ne mérite de s’y attarder. Alors pourquoi me posais-je cette question mais surtout pourquoi la réponse n’était pas évidente ? Jusqu’alors, j’étais persuadée que si l’on venait à me poser cette terrible question, je trouverai tout naturellement la réponse. Mais ce matin, rien ! Aucune idée de qui je suis. Seulement cette phrase dans ma tête :  » Je suis qui ?  » Alors d’abord, elle aurait pu être émise en français correct, ensuite, quelle importance un dimanche matin ? Bref, à l’aube de ma soixantaine, et oui ! le temps passe, je ne me souviens plus de moi. Bon, alors, c’est un début de dégénérescence de ma conscience avec des trous de mémoires de plus en plus importants. Non, je sais que ce n’est pas de cela dont il s’agit. Je ne me souviens plus de moi, plus exactement, je ne me souviens plus de la date à laquelle je me suis perdue de vue. Je ne me souviens plus quels étaient mes rêves et mes aspirations quand j’avais huit ans et que je n’ai jamais réalisé. Je ne me souviens plus si j’en ai seulement eu. Qu’ai-je désiré que j’ai laissé filé ? Je ne sais même plus si je préfère tel aliment par rapport à tel autre.

Je laisse tomber ma tête sur l’oreiller, mon chat me patoune le dos, je n’ai pas envie de me lever. Il ronronne dans mon dos et semble me dire qu’il ne faut pas que je m’inquiète. Enfin, c’est comme cela que j’interprète son ronronnement. J’attends un peu, dans un demi sommeil.

Et j’ai raison d’attendre avant de chasser cette question d’un revers de main. Une première réponse, enfin, surtout un début d’explication à cette question, à la raison de cette question. Je sais qui je suis aujourd’hui, j’ai oublié celle que je voulais être, ce n’est pas pareil. Je sais que je ne suis pas à l’aise dans la peau de celle que je suis maintenant. Et c’est ce qui déclenche cette réflexion un dimanche matin tout tranquille. Je suis une empathe hypersensible, et c’est bien là le problème. Mon hypersensibilité a fait sienne des injonctions de mes parents et de cette phrase assassine que j’ai si souvent entendu quand je faisais preuve de caractère : “ Mets ton caractère dans ta poche avec un mouchoir dessus ! “ Pas évident de se construire avec un tel programme. J’ai accepté les réflexions du genre tu es :

Trop bavarde

Trop dans tes livres

Trop rêveuse

Trop faignante

Trop maigre

Trop grosse

Trop trop !

Mais jamais bien.

A ce moment où les enfants partent de la maison, où le divorce est depuis longtemps accepté, où la carrière professionnelle ne fera plus de miracles, cette question est sans doute salutaire : “ Je suis qui ? “ J’ai essayé d’être une bonne maman, une bonne épouse, une bonne salarié, une bonne chef d’entreprise, une bonne amie, une bonne fille, mais je n’ai pas fait d’étincelles. Je suis restée moyenne dans tout, pas d’excellence. Toujours à l’étroit dans les rôles que l’on m’avait attribué et que j’ai endossé sans jamais les remettre en question. J’ai vécu à travers les autres sans jamais me découvrir. Cela m’évitait de prendre mes responsabilités. Je n’étais coupable que d’avoir voulu correspondre à l’image que l’on se faisait de moi. Je suis coupable de n’avoir jamais voulu correspondre à l’image que j’avais de moi. Ce matin, je ne savais plus qui j’aurais dû être. Comme l’aurais-je su, si longtemps après ?

Je suis un caméléon et j’ai toujours donné aux autres l’image qu’ils souhaitaient de moi, jusqu’à ce que je ne puisse plus. Et alors, je pliais bagages et allais voir ailleurs si je m’y trouvais. Je voulais être aimé pour ce que j’étais alors que je n’avais pas un échantillon à présenter. Comment auraient-ils pu ?

Bref !

Il est vrai que nous sommes beaucoup à vouloir être aimé sans jamais nous mettre à nu, sans jamais nous connaître. L’autre, que l’on finit par accuser de ne pas savoir nous aimer, ne peut pas des prodiges. Il fera lui aussi en fonction de ce qu’il aura bien voulu découvrir chez lui. Et le couple se sépare pour ne s’être jamais rencontré.

Ce matin, je me suis levée, mon chat a sauté hors du lit. Nous sommes allés tous les deux à la cuisine. L’estomac plein, il est plus facile de réfléchir. Du moins, c’est ce que pense mon chat, il n’aime réfléchir qu’une fois le ventre bien rempli. Il se pose à l’endroit le plus confortable de la maison et se lance dans une méditation de plusieurs heures. A moins qu’il ne dorme. Je l’ai laissé se recoucher, dans mon lit ! Il semblerait que ce soit l’endroit le plus confortable de la maison. J’en ai profité pour aller dans la salle de bain chasser les dernières brides de sommeil encore accrochés à moi. Revigorée, j’ai pris mon plus beau stylo et j’ai couché sur papier mes pensées du moment.

Nous sommes nombreux à abandonner nos rêves au profit d’une vie sans éclats. Nous sommes nombreux ceux qui se sont perdus, oubliés en cours de route. Sommes-nous malheureux pour autant ? Je ne le crois pas.

Et quand la question s’impose à nous, il est important de savoir l’écouter. Mais comme me dit souvent ma fille : “ Ce n’est pas parce que je t’ai posé une question que tu dois me répondre tout de suite ! “ Et elle a raison. Tant de sagesse dans sa jeunesse ! Oui, la question est là pour me dire : “ Et si tu pensais un peu à toi ? Et si tu te donnais du temps à toi ? Et si tu te donnais encore le droit de rêver ? ” La vie quotidienne entre enfants, métier et quotidien, nous entraîne dans un tourbillon d’activités qui nous manque quand tout s’arrête.

N’est-ce pas à ce moment précis, qu’il est important de reprendre contact avec soi ? C’est sans doute pour cela que ce matin, je me suis réveillée avec cette question assez stressante en vérité :  » Je suis qui ? »

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